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Le Parisien
Son acte est très cohérent
Propos recueillis par Karim Nedjari
mardi 11 juillet 2006
Référence bibliographique
Claire CARRIER. Son acte est très cohérent. Le Parisien, 2006/07/11.
Claire CARRIER a rédigé un ouvrage référence sur la fin des carrières des sportifs de haut niveau : Le Champion, sa vie, sa mort : psychanalyse de l’exploit aux éditions Bayard. Elle analyse l’attitude de Zinedine Zidane.

Zidane a-t-il fondu les plombs ? Claire Carrier. Bien au contraire ! Son acte n’est pas fou, pas délirant. Il se révèle même très cohérent. En termes de psychanalyse, c’est un passage à l’acte. Zidane est un vrai joueur de football, pas une lessive pour laver plus propre le football. Il a brisé l’illusion. Moi, je lui dis chapeau !

Comment expliquez-vous son attitude ? A cinq minutes de la fin du match, il se trouvait au paroxysme de l’excitation de vivre sa mort sportive. Mais son sentiment d’invincibilité a été déstabilisé par deux faits : le claquage de Vieira. Son regard était hagard à ce moment-là. Zidane a été diminué dans son identité d’équipe. De plus, il était blessé dans son identité corporelle avec sa blessure à l’épaule. Il n’avait plus ses deux enveloppes protectrices. Il est redescendu de son état de grâce et il est redevenu humain.

« On lui a demandé d’être l’image propre de la France »

Mais pourquoi réagit-il avec violence ? Il a dû entendre une phrase qui l’a tué en tant que personne, en tant que joueur. L’insulte de l’Italien est tombée au moment où il n’avait pas le ballon. Zidane se trouvait hors du jeu. Il était nu. Son adversaire a trouvé la faille.

De quelle faille parlez-vous ? Son feu d’artifice, Zidane l’avait tiré contre le Brésil. Ensuite, il a été touché par les excès de la population. La ferveur française était supérieure à celle de 1998. Il fallait voir, par exemple, le service de sécurité sur les Champs-Elysées. C’était effrayant. Zidane a eu un excès de réaction. Tout le monde doit lui demander pardon d’avoir imaginé qu’un être humain pouvait être parfait. On lui a demandé d’être l’image propre de la France. C’était démesuré, épouvantable. Aujourd’hui, l’homme doit être mortifié.

Vous donnez une signification à son coup de tête ? C’est un coup de tête au foot-business qui l’entoure. On lui a demandé de blanchir le sport. Il a dit non : moi aussi je fais partie de ce système. Vous voulez voir ma part d’ombre en pleine lumière devant 1 milliard de téléspectateurs. La voilà, et boum !

Propos recueillis par Karim Nedjari

Le Parisien , mardi 11 juillet 2006

 

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