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dimanche Ouest-France, Parents-Enfants
Mon enfant doit-il faire du sport de haut niveau ?
dimanche 6 septembre 2009
Référence bibliographique
CARRIER Claire, "Mon enfant doit-il faire du sport de haut niveau ?". Ouest-France, 2009-09-06.
Votre fils est le roi des tatamis, votre fille une basketteuse de talent. Un jour, leur entraîneur propose de passer du loisir à la grande compétition. Quelle décision prendre devant tant d’enjeux ?

Claire Carrier est pédo-psychiatre et médecin du sport.

Pour les parents de jeunes prodiges, le passage du loisir au sport de haut niveau est un casse-tête. Parce qu’au-delà de la fierté d’être le parent d’une progéniture prometteuse, se pose le choix d’un nouveau mode de vie pour son enfant.

Claire Carrier, pédopsychiatre, psychanalyste et médecin du sport, côtoie régulièrement des parents soucieux de prendre la bonne décision : « Accepter que son enfant pratique un sport de haut niveau nécessite de se poser un maximum de questions. Tout va changer pour l’enfant. Lui, petit, n’est pas conscient de tous les enjeux. Il revient donc aux parents de définir ce qui sera le mieux. »

Assurer un capital physique

Dans certains cas, psychologiquement, le basculement du loisir à la compétition sera énorme : « Cela veut dire un éloignement géographique pour rejoindre l’internat, le centre de formation. C’est être loin de sa famille, de ses amis. » C’est côtoyer de nouveaux camarades qui seront, eux aussi, dans le monde de la compétition « donc de la rivalité. L’amitié devient difficile. Avant la puberté, je déconseille cette décohabitation avec le milieu naturel de l’enfant. »

De plus, pour la spécialiste, l’enfant n’est pas spontanément dans « la performance ». Lui, ce qui l’intéresse « la relation avec les autres, c’est le jeu, le plaisir du jeu et non la compétition ».

La pression physique est aussi un facteur à ne pas négliger. « Spécialiser un enfant avant sa puberté dans un seul sport peut être risqué. On ne peut pas demander à un corps pas totalement formé de faire quotidiennement les mêmes gestes. »

Au contraire, avance Claire Carrier, il faut privilégier la multiplicité des activités : « Il est important qu’un enfant puisse expérimenter plusieurs « familles » sportives, de l’individuel au collectif, du sport d’opposition au sport de plein air. Ainsi, vous donnez à vos enfants un important capital kinesthésique qu’il aura toute sa vie. »

Physiquement, c’est aussi veiller à adapter une pratique à un gabarit. « C’est cela qui est formidable dans le sport. Chaque individu, selon ses dispositions, peut trouver un sport à sa mesure. »

Alors pas question de croire en son petit Richard Gasquet ou sa petite Laure Manaudou ? « Non, j’insiste juste sur des questions de bon sens, de veiller à ne pas devancer les désirs de l’enfant. Il va entrer dans un monde d’adulte avec de nouvelles règles, ce n’est pas rien. » C’est d’être aussi vigilant sur « les projections que les parents font sur leurs enfants, d’être prudents avec des entraîneurs qui, parfois, font le forcing et de garder la tête sur les épaules quant aux promesses financières. »

Et Claire Carrier de conclure : « Il faut dire aux parents de faire confiance à leur intuition. Ce sont eux qui connaissent le mieux leur enfant et sentent ce qui sera bon ou pas pour lui. Cet enfant sera le leur toute leur vie. Le sport ne sera qu’un outil d’épanouissement et pas l’inverse. »

Valérie PARLAN.

L’adolescent champion, de Claire Carrier, aux Éditions PUF.

 

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