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Le Monde - Aujourd’hui Sports Athlétisme
Pour Christine Arron, « arrêter serait trop facile »
dimanche 6 mars 2005
Victime d’une déchirure à la cuisse droite lors des séries qualificatives du 60m aux championnats d’Europe en salle, vendredi 4 mars, à Madrid, la sprinteuse française, qui se sent « mieux qu’il y a huit ans », tente d’expliquer les raisons de ce nouveau revers

Comment analysez-vous ce nouvel incident, alors que le titre de championne d’Europe en salle vous semblait promis ?

Cela fait quatre championnats où j’ai quand même la poisse. J’y arrive dans une forme indiscutable, il n’y a rien à signaler. A la dernière compétition, je suis à deux centièmes de mon record personnel [7 s 10 sur 60 m, à Liévin, le 26 février]. J’ai aussi fait un superbe 200 m... Ces championnats d’Europe, c’était l’occasion de faire un podium et d’améliorer mon record. C’est difficile, tous ces échecs. Il y a forcément un problème. La question est : pourquoi ça arrive à ce moment-là ? Je ne vais pas chercher d’explication. Je n’ai pas le choix : soit j’arrête une bonne fois pour toute, soit je repars ; mais arrêter serait trop facile.

Ne serait-ce pas au contraire une difficile mais courageuse décision ?

Le courage, est-ce de baisser les bras ou de se relever et repartir ? Le problème, c’est quand on a un potentiel... J’ai déjà pensé arrêter il y a dix ans, quand j’avais des blessures à répétition. Puis j’ai eu une courte bouffée d’oxygène [les saisons 1997 et 1998]. Or je fais tout beaucoup mieux qu’à cette époque, que ce soit au niveau des soins ou de la nutrition. Je me sens mieux qu’il y a huit ans. Je ne ressens pas de vieillesse physique. D’ailleurs, mes performances montrent que je ne suis pas en phase de régression. Les années ne sont pas un poids, au contraire, elles représentent de l’expérience. Je n’ai que 31 ans et j’ai fait des « perfs » toute la saison. Il n’y a qu’en championnats que j’ai des soucis...

Claire Carrier, médecin du sport, psychiatre et psychanalyste à la Clinique du sport, voit dans vos échecs répétés en championnats un refus d’accepter la fin de carrière que vous suggère votre corps...

Je trouve cette analyse moyenne. Un jour, c’est ma tête ; l’autre, c’est mon corps. Et là on va analyser comment je me suis blessée, mon départ... Franchement, tout ça me fait rire, car, parfois, je pars super bien et je ne sais pas pourquoi, et d’autres fois je pars très mal et je ne me l’explique pas plus. Je le répète, mon corps va mieux qu’il y a quelques années. C’est l’année où j’ai eu le moins de pépins physiques depuis ma grossesse. Si je me trimballais en 7 s 30 ou 7 s 40 sur 60 m, j’arrêterais.

Les gens ne comprennent pas, et, comme je n’ai pas d’explication moi-même, ils imaginent, ils inventent, ils font de la poésie... Je continue à me faire plaisir en courant ; enfin pas ici... Je pense arrêter au plus tard à 40 ans. Entre-temps, j’aurai eu un deuxième enfant. Alors je reprendrai pour le fun et je n’aurai certainement pas les mêmes objectifs que maintenant.

Les analyses diverses sont légitimes face à votre talent indéniable, qui ne se convertit plus en titres ni en médailles...

Mes soucis datent des championnats du monde 2003. J’ai, un peu avant, commencé à travailler avec une personne [la psychothérapeute-énergéticienne Fanny Didiot-Abadi] qui m’a fait plus de mal que de bien. C’était une grosse arnaque. J’avais eu un moment de doute à Budapest [aux championnats du monde en salle en mars 2004], mais quand les gens font de beaux discours et ont des explications à l’échec, dans la déception, on essaie de repartir.

Avant les courses des JO d’Athènes, ses attitudes, ses discours, voire ses mensonges, remontaient en moi de façon de plus en plus agaçante, je n’ai pas couru sereinement avec tout ça dans la tête. J’aurais dû me débarrasser d’elle, j’ai perdu deux saisons. Ce n’est pas que je n’ai pas écouté les mises en garde, mais j’étais loin d’imaginer où elle m’emmenait.

La préparation mentale est-elle inutile dans le sport de haut niveau ?

Je n’ai jamais bien aimé le travail des préparateurs mentaux. Ce qu’ils disent de l’approche de la compétition ne correspond pas à ce que j’ai en tête. La seule pensée qu’on pourrait me souffler quelque chose à l’oreille avant une course m’irrite. Je ne suis pas allée chercher [Fanny Didiot-Abadi], elle m’a été présentée par Emmanuel Bangué [sauteur en longueur], elle est arrivée comme un cheveu sur la soupe, elle est manipulatrice et a su s’imposer. La psychologie du sport est spécifique et complexe. Ça peut s’étudier, mais il faut avoir vécu le haut niveau pour en parler. On ne peut pas mettre les athlètes dans des cases, ni simplement réduire leurs échecs à une phrase.

Vous avez aussi blâmé votre entraîneur, Guy Ontanon, après les JO d’Athènes, en 2004, avant de rompre avec lui puis de réintégrer sa structure d’entraînement en janvier. Est-ce bien cohérent ?

Je n’allais pas lui mettre mon échec olympique sur le dos. Pourquoi changer l’organisation d’un entraînement qui fonctionnait bien ? La seule chose qui n’allait pas, je l’ai enlevée. Je n’ai pas vu cette psy pour un problème mental de sport, mais par rapport à ma vie privée. Ensuite, on a dérivé sur le sport. Maintenant, ma vie privée va très bien, il faut simplement que j’évacue cette blessure pour l’été. Le fait que je revienne chaque fois après le nombre d’échecs que j’ai eus prouve que j’ai certainement une grande force en moi et un bon mental. Peu d’athlètes en ont fait autant. Ça va bien finir par arriver un jour [les médailles]. Mes efforts quotidiens depuis des années devraient logiquement m’apporter une récompense. Alors je vais m’acharner, car la pire des choses serait d’avoir des regrets. Propos recueillis par Patricia Jolly

 

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