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Le Monde
Chemin de croix
dimanche 29 août 2004

En tant que haut fait, la performance sportive mérite récompense. Titre honorifique, gratification matérielle - une coupe - ou distinction suprême : la médaille d’or des JO. Le titre indique une mesure. Un titre sportif est toujours millésimé, valable à l’instant de sa réalisation. Il témoigne de la coïncidence entre la performance psychomotrice individuelle et l’histoire sportive. Ce « bon point » a le même aspect fugace que l’image/performance qu’il représente.

Rejouer un titre sportif en vue du titre olympique est une progression saine de l’ordre des rituels initiatiques, humble « chemin de croix » appelant à la patience et à la persévérance. Bravo à Amélie Mauresmo pour sa médaille d’argent en tennis qui magnifie sa pratique professionnelle !

Rejouer un titre olympique interroge, pourquoi ? Il peut s’imposer pour le sportif ayant l’impression de l’avoir volé (suite à la blessure d’un adversaire ou, pis, lorsqu’un favori est évincé pour raison politique). Pour d’autres, c’est l’expression d’un vécu de la compétition en prédateur, collectionneur insatiable (le nageur américain Michael Phelps et ses 8 médailles), et alors ?

Pour les anciens, telle Merlene Ottey, revenir encore et encore est certes très courageux ; cela donne aussi la profondeur d’un écart impossible à vivre entre la dimension ordinaire de la femme et celle extraordinaire de l’athlète. C’est le risque du titre olympique : sa reconnaissance d’un au-delà humain ingérable au quotidien entre noninitiés.

La récompense sportive reconnaît le mérite d’un acte en termes d’investissement financier : la médaille a une équivalence financière. Elle re-compense les dépenses engagées et ouvre les droits d’exploitation de l’image performante. Un titre sportif a la même valeur de stigmatisation que les titres en Bourse, d’où la commercialisation du sport. Il maintient stabilité et rentabilité sur les marchés de cette industrie.

Comme le drapeau (initialement trophée de la dépouille du vaincu), le titre olympique est une image. En France, depuis la Légion d’honneur décernée à Jean-Claude Killy, le titre olympique ouvre les portes du Panthéon des héros nationaux.

La médaille d’or fait rentrer dans la légende, dans l’Immortalité symbolisée par la permanence de la flamme. A la clôture des Jeux, la montgolfière peut repartir pour quatre nouvelles années : les cercles du logo se fondent en un seul O. Consacré par sa performance, le sportif voit fusionner les mouvements du cycle de sa propre vie, du calendrier de la vie sociale sportive et du cycle cosmique marqué par le retour des « saisons ».

La récompense olympique reconnaît le mérite d’un acte ; elle remercie l’élan du don. Elle est ce spectacle pacifique et heureux de l’humanité : chacun, du dernier au premier, a sa place. Titre olympique patrimoine de l’humanité : titre olympique qui se suffit à lui-même.

Claire Carrier

 

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