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Le Monde
L’effroi du « psyshow »
samedi 28 août 2004

La culture « psy » apparaît là où la survie alimentaire est assurée. Le projet sociétal des pays riches converge vers un idéal humain consommé.

Satisfaisant au culte de l’ego, les psychologies transforment les échecs en renforcement de l’image de soi. La performance sportive en est la vitrine : à « machine humaine » équivalente, la qualité psy de l’acte sportif fait la différence. Toutes se situent dans la compréhension de la part cachée de l’acte-image sportif performant.

Désunies : c’est le « psyshow » cacophonique ; réunies en équipe pluridisciplinaire, elles sont synergiques et fondent le socle de l’autonomie affective du sportif.

A chaque enveloppe du cocon qui entoure la « tête froide » du sportif est indiquée une approche psy.

La plus éloignée est celle du public. L’étude de la représentation sociale à l’instant de la compétition (la « décevante » Marion Jones contraste avec « l’héroïque » Fani Halkia) permet de le gagner à sa cause comme de ne pas se tromper de message face aux médias.

A l’accompagnement technique et scientifique correspond l’espace de la psychologie cognitive induite par chaque pédagogie ; gammes ayant pour objet d’entraîner les habiletés du mental. Ici le fonctionnement du cerveau volontaire est abordé comme un muscle : testé, programmé, stabilisé dans une routine équivalant à celle d’un refrain qui sécurise par la sûreté de sa répétition.

A l’entourage proche du sportif, celui des coéquipiers et de la famille, s’ouvrent les approches systémiques de la dynamique de groupe afin que chaque tension affective soit à sa place, que le sportif soit à l’abri d’un conflit qui ne le regarde pas.

L’observation du cocon tissé par les entraîneurs autour de la chrysalide-champion n’est pas sans évoquer une approche clinique de la position parentale. Tandis que le sportif est au plus près de ses intuitions et sensations constituant le langage de son corps (apport de la somato-psychologie) dans le but de renforcer la conscience de sa solitude existentielle et de garder la tête froide.

C’est dire la complexité de l’étude de cette part immergée de l’iceberg de la performance !

Ne sont pas à leur place les intervenants en psychologie qui occupent dans une grande confusion, et sans méthode, tous les registres des ressources de la science de la psychologie. Le brouillage des informations et conseils rend le sportif impuissant à penser de lui-même, d’où sa dépendance.

Ne sont pas à leur place les intervenants en psychologie qui ne savent pas rendre compte à leurs pairs de leur travail : ils s’isolent dans la toute-puissance.

Ni les consultants qui ne viennent que sur les grands événements, ni même ceux qui s’imposent en soignants : la référence santé n’est pas dans le déséquilibre de la performance sportive.

En vampirisant la vie psychique des sportifs, en profitant de la vulnérabilité émotionnelle inhérente à leur état performant, ces intervenants dénient leur propre éthique. Quelle misère !

Claire Carrier

 

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