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Le Monde - Psycho
Rêves réels des sportifs
dimanche 15 août 2004

Comment les sportifs jouent-ils avec nous, spectateurs ? Oublions les « sport-up », tel le néo-Américain André Agassi. Sans se cacher, ils négligent le tournoi olympique : le rapport qualité/prix (entendez risque de blessure/gain financier) leur est insuffisant.

Impressionnés ou plus, tétanisés par la dimension symbolique de leur acte olympique, certains le banalisent en une simple démonstration sportive de leur puissance corporelle. Ils les abordent donc avec leurs habituelles protections contre le stress.

Premiers JO pour Fabien Lefèvre, la belle gueule de l’équipe de France (kayak) et sa faim de médaille. Fier de sa mécanique, il se retranche derrière son image de jeune premier pour s’adapter à la nouvelle configuration de sa discipline. La domestiquer dans une rivière artificielle facilite son arbitrage et sa médiatisation. Heureusement pour lui, le vent lui permettra de retrouver ses sensations sauvages !

Eunice Barber s’essouffle au seuil de ses 4es Jeux. Pour se rassurer, elle crée le suspense. Elle utilise la fascination de son image d’idole en appuyant ses choix sur la croyance de sa valeur en médailles qu’elle représente dans l’échelle du star-system. Elle exhibe sa dépendance à ses propres ischios : en fait, ni plus ni moins affûtés à leur point de rupture que tout l’appareil musculaire et tendineux de tout grand sportif. La discontinuité entre son appartenance d’origine (Sierra Leone) et sa nationalité (française depuis 1999) freine peut-être la confiance en sa propre stabilité.

Et puis il y a ceux qui, émerveillés, réalisent leur rêve en participant aux JO. Ils nous incluent dans l’action olympique, qui reste placée sous l’égide des juges-arbitres au rôle tellement évident que personne n’en parle !

Les regards d’autorité de ces arbitres prouvent l’autonomie du compétiteur qui a risqué son acte performant. Ils le nomment champion. Ils redistribuent les rangs de chacun dans la famille du sport. Ils excluent les tricheurs. Garants de l’ordre, les juges-arbitres font écho à la loi du père qui reconnaît l’impétrant dans sa lignée : le Réunionnais Jackson Richardson, porte-drapeau de la délégation française, pense à son père en entrant dans le stade.

Cet acte fondateur distingue l’individu de son staff d’assistance technique et scientifique géniteur. Il est l’aboutissement du subtil travail des entraînements depuis les toutes premières sélections (souvent plus de dix ans auparavant). Il est l’apogée d’une longue histoire d’amour entre le sportif et ses coachs.

Mais, surtout, il permet au sportif de passer un cap. Remarqué et accueilli ailleurs, notre héros est au- delà de sa conscience de lui-même. Il est sa victoire. Fini la dichotomie entre ses rôles d’acteur et de spectateur de sa performance. Dans sa tête, son ego apparemment se renforce ; il réunit deux représentations de lui-même - Moi connu et Moi idéal performant - jusqu’alors en opposition, rivales, à la fois séductrices et persécutrices.

Quelle émotion ! Quelle explosion de joie pour tous !

Claire Carrier

 

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