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Définition, méthodes de la subaquathérapie
mardi 10 février 2009

La plongée sous-marine peut se définir par l’action de maintenir une immersion corporelle totale dans l’eau Grâce à un matériel permettant une respiration assistée (la bouteille d’air comprimé) . L’inclure parmi les sports à haut risque ne peut que soulever une question . En effet, d’une part l’inorganisation de compétitions, l’impossibilité d’un spectacle devant un public qui serait nécessairement immergé, l’absence de notion de performance corporelle et l’alignement du groupe de plongeurs sur l’élément le plus en difficulté ne sauraient assimiler cette activité physique à un sport. D’autre part, les termes "subaquatique" ou "sous-marine" apposé à celui de plongée signifient, stricto sensu, une situation au-delà de l’eau ou de la mer, à moins qu’il ne s’agisse d’une réduction de l’espace aquatique à l’interface air-eau comme pourrait en témoigner l’expression familière "la flotte" . Ces remarques placent la plongée sous-marine comme support d’une illusion collective évitant de nommer directement la situation de l’immersion du corps dans l’eau .

C’est à partir de ce constat d’une sorte de tabou contrastant avec la complexité des moyens techniques mis en oeuvre qu’a portée, depuis une décennie, notre réflexion. De celle-c i ’ étayée sur notre expérience pédagogique comme médicale, est née l’idée d’intégrer dans une pratique psychothérapique une médiation corporelle par la technique de la plongée sous-marine . En effet, cette activité qui contraint à une adaptation vitale, se révèle être une situation idéale pour repérer le double registre de ce qui est lié à l’environnement, au "dehors", et ce qui, de ce même environnement n’est que déplacé de l’imaginaire, venant "du dedans" et pour aborder la souplesse du fonctionnement psychique .

Tout ceci s’est précisé, ces deux dernières années, avec la mise en place d’une méthode, dite "subaquathérapie" : approche thérapeutique corporelle se situant à l’interface de deux techniques, la plongée sous-marine et la psychanalyse . Apparemment très éloignées l’une de [autre , elles présentent cependant des caractères communs : toutes deux volontaires et individuelles, elles s’inscrivent dans un cadre anormal à caractère rituel et secret voire régressif où s’exprime un discours intérieur et impliquent une relation privilégiée avec un autre .

Cette approche corporelle représentée par l’image de l’interface air-eau voudrait s’intéresser particulièrement à la notion de "passage" qu’il s’agisse du corporel au mental, du réel à l’imaginaire , du "play" au "game" (16) ` de la sensation comme objet à l’objet psychique ou encore reprenant les travaux de D. Anzieu (1 ) du Moi-peau au Moi pensant .

Après un entretien préliminaire durant lequel le binome psychothérapeute-moniteur est présenté au patient, peut commencer la première séance. Celle-ci se déroule en deux moments d’égale durée, trente minutes. Le premier se passe avec le moniteur, entre deux effractions de la surface de/’eau d’une piscine chauffée à 32 degrés. Le second " à sec" dans une relation de face-à-face avec le thérapeute . Un lien circulaire entre ces deux situations se tisse , lors du dialogue thénapeute+moniteur d’une part et de l’interprétation de ce que va "faire" le sujet de la trace mnésique laissée par cette expérience d’autre part . Ce cadre peut servir de support pour la figuration de certains fantasmes comme celui d’un objet-couple évoquant les parents combinés de Mélanie Klein , d’un objet-famille ou fantasme de famille ( bébés et pénis) ë l’intérieur de la mère ou encore celui de la scène primitive de Freud .

Quelles sont les caractéristiques de cette expérience corporelle ?

L’immersion dans l’eau d’une piscine est retenue car elle est strictement reproductible : en effet, l’absence de vagues, la constance des paramètres physiques ( composition, transparence, lumière ’ odeur...) et la monotonie du décor( régularité des carreaux , des revêtements de sol...) comme la fixité des parois définissent un cadre sécurisant . La température de l’eau, 32 degrés, correspond à un équilibre thermique cutané tel que l’absence de gradient entre l’extérieur et l’intérieur annule cette définition d’une limite corporelle ; limite qui n’a pas non plus besoin d’ètre précisée par la sensation sur tout le revêtement cutané de la tension élastique d’une combinaison dont la protection contre le froid est, ici, inutile. Ceci renforce les efforts du moniteur pour réduire au maximum les inévitables contraintes matérielles afin que le patient puisse avoir accès le plus rapidement et aisément possible au plaisir d’un éprouvé corporel différent né de la modification de son niveau de conscience ( 5 ).

Celle-ci, produit de la confrontation des deux milieux aérien et aquatique, est liée au bouleversement durant le temps d’immersion , déterminé par la consommation de l’air contenu dans la bouteille .des informations sensorielles ’ des repères temporo-spatiaux , de la relation aux exigences vitales comme des modes de communication interindividuelles.

Le masque limite latéralement une vision déjà déformée par l’hypermétropie de la "lentille aqueuse". L’évocation subjective du monde sous-marin est couramment celle du silence . Ce silence est en fait relatif. L’accélération de la propagation des sons dans Peau donne une impression de proximité des sources émettrices . Le mode de transmission osseuse des sons, en particulier par la mise en résonance de !a boite cranienne et des os du rocher, est privilégié du fait de la forte diminution des capacités vibratoires tympaniques : ceci a pour conséquence d’une part une écoute monophonique liée à l’absence de latéralisation et d’autre part l’impossibilité d’apprécier la profondeur du champ donc les phénomènes de réverbération et d’écho. Ceci rend difficile le repérage des sources sonores extérieures et fait de ce milieu un lieu-état sonore que la difficile rétention mnésique , mélodique ou historique inscrit dans un espace atemporel .

L’illusion silencieuse est liée aussi. pour une grande part. à l’impossiblité de toute émission-réception du langage verbal ’ ainsi qu’à une écoute non encore éduquée à la spécificité des signaux sub-aquatiques ... voire à une sorte d’obtusion de la conscience en raison de l’attention reportée sur les bruits émis par le corps ( battements cardiaques , mouvements respiratoires...) ou sur les bruits parasites occasionnés par la respiration sur détendeur.

Si le sens du toucher est peu changé dans sa dimension tactile cognitive, le contact de l’eau sur tout )a revêtement cutané et l’appréciation des déplacements corporels à partir de la stimulation du système pileux font de la peau une enveloppe réceptrice particulièrement sollicitée . La résistance du milieu devient un élément prépondérant, utile à la réalisation d’un geste dans les trois dimensions de l’espace , aux dépens de l’information axiale de la pesanteur qui a pratiquement disparue . Dans l’équilibration, l’axe de base des systèmes de repérage reste la verticalité ,mais elle perd ses références standard . Ici, elle est donnée par la vision et la sensibilité tactile de l’ascension des bulles ainsi que par les relations constantes entre ces différentes composantes. Apparaît également la fonction "locomotrice" des muscles respiratoires ’ puisqu’inspirer fait monter et expirer descendre .

Alors que dans l’eau , les espaces droite-gauche-devant-derrière sont inchangés bien que non-repérés par la vue ou l’ouie , la différence réside dans le fait qu’au lieu d’être nommés en même temps qu’explorés , ils sont montrés. Ainsi le geste décrit et anticipe le mouvement dont la compréhension est attestée par l’imitation qu’en fera l’interlocuteur.

Dans l’impossibilité de se parler apparaît l’importance de ce code gestuel aussi bien spécifique qu’émotionnel ou intuitif appréhendé par l’échange des regards entre les deux masques, dans une vision déformée par l’eau. Ainsi, le mode de communication interpersonnel est redevenu le regard, le geste et le cri , comme avant l’acquisition du langage verbal .

Ce mouvement vers un système d’adaptation antérieurement utilisé se retrouve avec l’arrivée de l’air dans le corps en "tétant" un embout relié par un tuyau à la bouteille du plongeur ou de son moniteur. Ce point est renforcé par la sensation , liée à la loi physique de la poussée d’Archimède, d’être "porté" De plus, pensant aux travaux de G. Haag , il est intéressant de noter que le seul repère fixe et non déformable en immersion dans l’eau est la perception de

cette même bouteille le long de la colonne vertébrale maintenant ainsi le dos du plongeur dans un contact rassurant avec la source vitale elle-même.

Ainsi l’on est amené à penser que l’immersion dans l’eau du couple moniteur-élève, durant un temps ponctué par deux effractions/pénétrations de l’interface air-eau, actualise un moment initiatique d’une "seconde naissance" dont on peut maîtriser l’éventuelle répétition et qui n’est ni un rêve ni une pathologie . Le plaisir éprouvé dans le contact globalement enveloppant avec cette eau/mère-sans-intention est d’abord individuel : une étude en cours sur le vécu des enfants plongeurs à travers le dessin montre le choix privilégié de la figuration d’un unique personnage alors que la réalité est toute autre puisqu’il est tout-à-fait inenvisageable de plonger seul . Ce plaisir a la particularité d’être vécu de manière synchrone à celui de l’autre sans pour autant en être un prolongement ou un écho (le miroir "narcissique" n’est pas fidèle puisque tout est déformé ou s’épuise dans l’eau) . Par ailleurs, la rupture avec les repères sensori-moteurs et les systèmes de communication valide certains comportements ou autorise certaines émotions qui, sans inscription dans le temps aérien, peuvent rejoindre le secret d’une histoire corporelle inaccessible au langage.

Nous avons proposé cette méthode dans certains cas où l’approche verbale bute sur une mentalisation/symbolisation en difficulté, en particulier certaines situations de traumatisme ou d’échec scolaire . S’appuyant sur une mémoire corporelle de type émotionnel et sensoriel, elle propose dans la relation psychothérapique une "utilisation" d’associations et d’interprétations "sensationnelles" comme d’un jeu autour d’une expérience de "passage".

Cet abord corporel nous est apparu particulièrement opportun devant des analogies de situation entre l’extrême et l’innovation des sensations corporelles lors de la performance sportive et le total remaniement sensori-moteur de l’immersion dans l’eau (4) . Ayant sa propre équation résultante d’un équilibre instantané d’une infinité de variables, nous pouvons dire que l’extrême du record se situe ponctuellement dans un champ hors-symbolique , hors-conscience , hors-temporalité . Ceci est directement lisible à travers le système de communication mis en place où tout se joue dans un échange de regards sur l’image de l’acte performant , donc non accessible au langage et frappée de fait du sceau d’un secret accessible à une pensée magique. Nous sommes ici dans une fascination réciproque dont témoigne le silence précédant les cris de la foule dressée sur les gradins, comme le "vide de pensée" dans la tête du champion. Sorte de point aveugle, de moment suspendu dans la réalité de l’histoire de l’athlète , ce moment extreme est essentiellement "sensationnel" , totalitaire .

 

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